10/24/2006

Chapitre 2-2 : Seule, enfin.

Immédiatement, Lysis ressentit avec délice la chaleur du soleil, baignant l’extérieur de sa lumière rougeoyante. Sûrement à cause du stress combiné à ses délires intérieurs, elle n’avait pas tellement fait attention au froid sépulcral qui régnait au sein de la maison sans fenêtres. Ses muscles ravivés, elle dévala en trombe l’escalier gris anthracite, pressée de retrouver le contact de l’herbe printanière. Elle attendit d’être au moins à l’autre bout de la clairière pour s’autoriser à plonger son visage dans les caresses du gazon sauvage.
L’herbe lui paraissait à présent non plus fraîche, mais délicieusement chauffée. Elle laissa ainsi son corps lentement sortir de son léger engourdissement, profitant de ce plaisir si simple qu’était celui que l’on ressent quand on vient de réaliser quelque chose de dangereux sans trop d’égratignures. Enfin, ça c’était vite dit, la douleur de sa main se réveillant en effet au fur et à mesure que l’adrénaline retombait. Ca avait pas l’air trop grave ceci dit, mais assez pour lui faire se rendre compte qu’elle avait complètement pété un câble aujourd’hui. Fallait être réaliste aussi, se retrouver vers 19h dans un bois, la main amochée par une sorte de type vraisemblablement plus attaqué qu’elle vivant dans une citadelle remplie de lucioles bioniques ou un truc dans le style, fallait l'avoir cherché. Et tout ça parti d’une dispute de couple…super…

Tiens, d’ailleurs en parlant de ça, il allait falloir qu’elle l’appelle, l’autre. Elle sélectionna rapidement le profil de Marc sur son Com³. Ce qu’il y avait de pratique avec les Com³ miniaturisés dans l’oreille, c’est qu’elle était sûre qu’il l’entendrait l’appeler. Trop « cyborg » pour elle et d’autres, mais pratique. Elle repensait à la dispute qu’avait entraîné l’annonce de Marc pour l’opération de ce nouveau Com³, quand il décrocha :
-Ouais, qu’est ce tu veux ?
Sa voix charriait des glaçons. C’était mal parti.
-Ecoute Marc, je suis désolé pour ma crise de ce matin, mais là faut vraiment que tu viennes me chercher, je suis au beau milieu de la forêt et…
-Et moi je suis très occupé, rappelle plus tard, répondit il sèchement.
-Je plaisante pas, un fou a faillit m’arracher le bras gauche Marc ! exagéra-t-elle à peine.
-T’es sérieuse là ?
-J’ai l’air de plaisanter ? Il m’est arrivé un truc de dingue, j’ai trouvé une maison, perdue au milieu de la forêt. Y avait une sorte de malade là-dedans, et il vivait avec des sortes de…
-Mais qu’est ce que tu racontes là ?! la coupa-t-il brutalement. Bordel j’suis occupé je te dis, c’est pas le moment.
Lysis qui avait prévu sa réaction, n’écoutait même pas ce qu’il disait. Elle cherchait juste la manière la plus judicieuse pour mettre des mots sur ce qu’elle avait vu.
-Des sortes de boules flottantes qui brillent comme des lucioles, continua-t-elle, finalement pas très fière de sa formulation.
-Tu joues à quoi là ? Me prendre pour un con pour te venger, tout ça parce que ma vie ne ressemble pas à celle décrite dans le manuel du parfait petit-ami de Lysis ?
Bingo, il la prenait pour une folle.
-Bon écoute, passe juste me chercher, regarde où j’suis sur ton super Com³ nouvelle génération si tu me crois pas, rétorqua-t-elle, acide.
Il reprit la parole une dizaine de secondes plus tard, le temps présumé pour enfiler ses visionneurs tactiles :
-Euh ouais en effet, j’sais pas comment tu t’es fourrée là dedans, mais va falloir que tu m’expliques la vraie version tout à l’heure. Je peux pas passer tout de suite là, attend moi une petite heure, c’est important.
-Encore avec un de tes « amis » du Japon je présume ?, demanda Lysis avec un sarcasme à peine voilé.
-Et aller ça recommence…J’ai vraiment pas de temps à perdre, à plus.

Il avait raccroché. Bien qu’évidemment excédée, Lysis n’eut cependant même pas la force de tester une nouvelle fois les fantastiques qualités de résistances de son Com³.
Marc avait bien changé depuis son voyage au pays du soleil levant…

Chapitre 2-1 : Seul, à nouveau.

Une dizaine de minute ou peut être plus. C’était le temps approximatif que Lupp avait passé là, immobile et seul dans le hall de sa citadelle. Les lumières blafardes de ses Fols rougissaient lentement. Il ne faudrait probablement plus beaucoup de temps pour qu’elles virent au mauve et au bleu nuit, signal qu’il était temps d’aller se coucher. Dire que Lupp se foutait complètement de ce détail n’était pas exagéré.

Ses idées étaient encore si confuses, si embrouillées par tant de nouveautés en l’espace d’une heure à peine…seule la porte encore grande ouverte lui prouvait avec certitude qu’il n’avait pas fantasmé cette rencontre.

De ses mains, encore tremblantes d’émotion et de peur, il palpa son visage. Il revoyait encore avec précision la masse d’éléments complexes rassemblés dans le visage de son interlocuteur. Avait il le même ? Probablement, se dit il en faisant le rapport entre ce qu’il touchait et ce qu’il avait vu. Il les connaissait biens, tout ces éléments disposés sur la partie céphalique des vertébrés, en partis responsables des 5 sens. Mais curieusement, ses Fols ne les lui avaient jamais montrés sur un schéma ou une photo. Peut être avaient ils leurs raisons, ils ont toujours leurs raisons.
Toujours est il qu’il avait été subjugué par cet assemblage, mouvant et se déformant si rapidement au rythme des mots prononcés. Surtout la bouche. Les Fols, eux, n’en avaient pas, et n’avaient aucunement besoin de bouger quoique ce soit pour produire des mots. La personne face à lui il y a quelques instants la bougeait au contraire sans arrêt, parfois même sans accompagner le mouvement par la production d’un mot. C’est ce qu’elle avait fait, quand après avoir essayé de s’approcher, elle avait ostensiblement dévoilée sa dentition en ouvrant sa bouche en forme de croissant. Chez beaucoup de mammifères, montrer ses dents indiquait une tentative d’intimidation, mais Lupp n’avait pas ressenti cela dans les intentions de son vis à vis. C’était probablement autre chose, précisément le contraire, lui disait même une sorte d’instinct. Il s’empressa de poser la question à l’un de ses Fols.
-C’est un sourire, répondit le Fol de sa voix monocorde, très différente de celle de l’humain qui était pleine de variations et de subtilités, nota immédiatement Lupp.
-Qu’est ce qu’un sourire ? , demanda le jeune homme habitué à cette manière qu’ont les Fols de donner des réponses courtes et dénuées d’explications.
-Une expression faciale traduisant l’état émotionnel qu’un humain veut faire paraître à son entourage.

Lupp, surpris par une réponse aussi longue, s’en contenta, même s’il n’était pas sûr d’avoir tout à fait compris ce que cela signifiait concrètement. Mais c’était des dizaines d’autres questions qui s’entremêlaient dans sa tête. C’était d’ailleurs ce torrent d’informations et d’évènements inhabituels qui lui provoquaient cet espèce d’horrible douleur qui lui vrillait le crâne depuis peu. Il toucha un Fol et claqua sa langue, l’œil lumineux rougeâtre intensifia immédiatement son rayonnement, signe que le Fol avait compris que c’était à lui qu’on s’adressait.

-Aspirine, dit simplement Lupp.

Le Fol s’éclipsa sur le champ, et réapparu quelques instants plus tard en bourdonnant doucement. Perdu dans ses pensées, le jeune homme ne s’en aperçu même pas, ce qui obligea le Fol à voltiger autour de lui pour signaler son retour.
Machinalement,Lupp tendit la main. L’un des appendices du Fol fit alors son apparition, à partir d’un interstice s’ouvrant sur l’intérieur de son corps circulaire. L’espèce de tentacule rétractile s’allongea ensuite jusqu’à Lupp, et lui tendit ce qu’il venait de demander.
Ce dernier attrapa et avala rapidement l’aspirine, et se dirigea sans plus attendre vers son grenier.

Il avait besoin de se reposer et de réfléchir encore à tout ce qui venait de lui arriver. Alors qu’il allait quitter le hall, il se retourna encore une fois pour revoir l’extérieur. Ces vives couleurs, si variées et en quantité aussi importantes, intensifièrent immédiatement ses maux de tête, rendant pour le coup caduc le bref effet qu’avait put avoir l’aspirine.

10/22/2006

Chapitre 1-5 : Rencontre

Elle balaya rapidement l’obscurité de son faisceau lumineux. Elle ne mit que quelques secondes pour trouver le supposé dangereux criminel, replié sur lui même, tremblotant dans un coin. Il semblait terrifié, malgré son visage dissimulé derrières ses bras. Lysis se senti immédiatement stupide, et tenta maladroitement de bredouiller:
-Euh…désolé monsieur je…
Préférant ne rien rajouter pour ne pas avoir l’air plus ridicule encore, un long silence s’ensuivit. La position fœtale qu’adoptait l’individu ne permettait que d’apercevoir ses longs cheveux noirs et ses étranges habits gris. Il ne bougeait absolument plus d’un pouce. La gêne de Lysis se transforma en inquiétude. Il avait fait un arrêt cardiaque ou quoi ? Elle avança prudemment, et tenta d’articuler le plus calmement possible :
-Vous allez bien…?
Pas de réaction. Mince, il semblait bel et bien mort.
-Hey, est ce que ça va ? , insista-t–elle désespérément.
Toujours rien. Prise de panique, elle commença à accourir vers le corps inanimée. Son premier réflexe fut d’essayer de prendre son pouls, mais ses doigts touchèrent à peine la carotide du supposé cadavre. Brutalement et avec une rapidité surprenante pour un homme semblant si léthargique il y a un instant, il s’était dressé en position accroupi. Ses yeux, exorbités, semblaient en proie à la panique pure. Le regard fixé sur Lysis, il essayait tant bien que mal de ramper à reculons en s’aidant de ses mains. Il baragouinait faiblement quelque chose, les sons semblant presque ne pas vouloir sortir de sa bouche alors qu’il claquait sporadiquement sa langue contre son palais :
-Non…reculez…faites ce que je vous dis…
Pourtant encore sous le choc, c’est dans un état second et sans vraiment le décider consciemment que Lysis s’avança encore :
-Je ne vous veux aucun mal, je veux juste…
Elle fut interrompu par un long et effroyable cri. L’homme hurlait à la mort, comme perforé de part en part par un mal invisible. Violemment, il repoussa l’un des bras de Lysis et envoya valdinguer par la même occasion le Com³. Une douleur lancinante envahit la main de la jeune fille, et une sorte de claquement de langue sonore envahit la pièce alors qu’elle tentait de se la masser, le visage crispé par la souffrance.
Immédiatement, des dizaines de petites lueurs éclairèrent la salle, plus proches en intensité de bougies que de lumières électriques. Elles venaient de partout autour, des 4 points cardinaux mais aussi d’en haut. A la vu de ces étranges boules flottantes à l’œil lumineux unique, Lysis oublia presque complètement sa blessure. Leur consistance, semblait de la même matière que les marches de l’escalier, un étrange gris lisse presque imperceptiblement chromé.
L’homme, ou plutôt le jeune homme, semblait rassuré par ses étranges sources luminescentes. S’il semblait encore suffoquer au début, sa respiration se faisait peu à peu plus lente et modérée. Son visage, fin et bien découpé, se décrispait à vu d’œil. Lysis restait quand à elle bouche bée devant le spectacle qui s’offrait à elle, comme si elle n’arrivait même plus à avoir peur devant tant d’invraisemblances. La salle dans laquelle elle se trouvait, était carrelée d’un damier noir et blanc. Les murs, similaires aux escaliers extérieurs, semblaient se confondre avec les sources de lumières, de sorte qu’on ne savait plus vraiment s’il n’avaient pas eux aussi des yeux.
Elle sursauta.
Le jeune homme qui avait à présent presque retrouvé tout son calme, venait en effet de prononcer timidement ces quelques mots :
-Qui…qui es tu ?
-Euh…je m’appelle Lysis…et toi ? Demanda-t-elle par automatisme, si bouleversée par tout ce qui arrivait qu’elle ne savait même plus comment réagir.
-Lupp, dit-il simplement d’une voix atone.
-Eh bien, enchantée Lupp, fit elle, toujours par réflexe.
Un long silence s’ensuivit. Comment est ce qu’elle était sensée réagir? Ca semblait évident, il n’avait pas l’air vraiment méchant, juste probablement un peu dingue. Si elle s’enfuyait brusquement, il risquerait de prendre peur et de se montrer dangereux, d’autant plus qu’elle n’était pas certaine de l’inoffensivité des espèces de lucioles géantes qui l’environnaient de part en part. Non, pour s’éclipser avec douceur, il valait mieux qu’elle gagne sa confiance et se montre gentille.
Elle respira un grand coup, et commença à s’avancer avec calme, tout en amorçant un geste prudent pour lui serrer la main. Pourtant à plusieurs mètres de distance, Lupp eut un mouvement de recul, comme effrayé par l’idée du contact ou par le mouvement de la jeune fille. Lysis rétracta immédiatement son geste, et, incroyablement gênée, ne trouva rien de mieux qu’un sourire stupide. Le genre que l’on sort habituellement quand on a pas compris quelque chose, mais qu’on cherche à faire mine du contraire pour ne pas avoir l’air trop crétin.
-Bon eh bien…euh…c’est à dire que je dois y aller, dit elle, complètement à cours d’idée.
Nouveau sourire niais. Elle osait à peine imaginer à quel point elle devait avoir l’air cloche. Le garçon la dévisageait avec les yeux ronds de la fascination, bien qu’un trouble semblait également se lire dans son visage. Bon sang que c’était embarrassant. Elle trouva cependant le courage d’articuler une dernière phrase, avec un semblant de sympathie dans la voix :
-Aurevoir Lupp!
-Aurevoir, répondit il simplement, tout en continuant à la dévorer du regard comme si elle constituait une attraction particulièrement insolite.
Lysis fit demi-tour, et après s’y être reprise à deux fois, parvint à ramasser son Com³. Elle se faufila entre deux de ces lucioles flottantes, et commença à descendre les marches menant à la clairière, sentant encore le poids du regard de l’étrange jeune homme sur son dos.

10/19/2006

Chapitre 1-4 : Curiosité

Pendant au moins une bonne minute, Lysis avait été comme paralysée, prise entre deux flots contradictoires qui lui dictaient simultanément la fuite et la curiosité. Aucun des deux côtés ne parvenaient à prendre le dessus sur l’autre, du coup elle restait là, figée, ignorant le danger et le risque d’avoir l’air stupide .Ce fut cette brusque lueur qui l’extirpa de ce singulier affrontement. Cette fois c’était sûr, il y avait quelqu’un là dedans. Probablement peu recommandable qui plus est, en tout cas c’était ce que sa raison lui dictait, qui pourrait bien avoir la conscience tranquille pour se terrer dans un endroit comme celui-là ? Pourquoi semblait il se cacher et crier pour l’effrayer ? Elle se sentit immédiatement ridicule à la pensée de cette possibilité, mais et s’il s’agissait d’un esprit ou d’un truc comme ça ? Elle recula d’une marche tout en amorçant un demi-tour sur elle même, la balance penchait décidemment trop vers le côté de la fuite. Mais ce qu’elle ressentit à ce moment là, c’était comme quand quelque chose de méchant vient de nous échapper, et qu’on le regrette profondément à la seconde même ou on l’a prononcé. Elle avait toutes les raisons du monde de prendre ses jambes à son coup et de finir tranquillement sa journée déjà riche en émotion chez elle, mais non, quelque chose l’en empêchait, comme une force tyrannique qui désirait impérieusement qu’elle aille voir une bonne fois pour toute ce qu’il pouvait bien y avoir de si étrange dans cette satanée baraque.
Et voilà, encore une fois il avait fallu qu’elle rebascule la tête la première dans sa schizophrénie passagère. Mince alors, pourquoi fallait il toujours qu’elle soit l’archétype même de la fille girouette qui ne sait pas ce qu’elle veut? La simple pensée d’être assimilée à l’une de ces pimbêches hésitant pendant des heures entre l’harmonieux assemblage des couleurs de tel ou tel haut avec telle ou telle jupe, la mis tout simplement hors d’elle. Dans cet état là, il n’y avait plus de fantômes, plus de dangereux criminel protégeant son butin ou quoique ce soit qui puisse la contraindre à ne pas céder avec délice à sa curiosité vorace.

Avec une frénésie on ne peut plus excessive, elle s’empara de son Com³ et enclacha brutalement la fonction torche, tout en parcourant quatre à quatre les quelques marches la séparant de l’entrée.

Chapitre 1-3 : Peur

L’état émotionnel de Lupp oscillait entre la terreur pure et la fascination. Prostré dans un recoin du hall obscur, il observait minutieusement le dehors entre ses doigts qui recouvraient ses yeux éblouis.

Alors c’était donc ça un autre homo sapiens, c’était à ça qu’il ressemblait. Comment on le voyait, de quoi il avait l’air, c’était le genre de question qu’il avait du poser une centaine de fois à ses Fols, sans cependant jamais entendre de vrai réponse. Le voir enfin directement, en même temps que toute cette lumière agressive et ses couleurs ainsi étalées sur une surface aussi importante, c’était quelque chose dépassant le simple cadre du troublant. C’était presque terrifiant.

A peine son semblable était il apparu dans l’encadrement de la porte, qu’il n’avait put s’empêcher d’exprimer sa surprise, et surtout sa peur qu’il n’avance encore. A ce moment là, il n’avait même pas fait la rapprochement entre eux deux comme étant membre de la même espèce, et avait cru à une sorte de monstre, ou un dangereux prédateur peut être. Ce n’est que la surprise passée qu’il avait repris empire sur lui même, et ainsi pu constater les homologies flagrantes qui coexistaient entre eux, dont l’évidente bipédie qu’il savait inhérente au genre humain. Ces êtres, sa propre race et provenance, il les avait étudié pendant des années sans jamais les voir. Ses connaissances étendues de leur littérature, leur philosophie, leurs sciences et leurs techniques, étaient probablement supérieure à n’importe quel individu de son âge. Qui aurait cru qu’il ne les reconnaîtrait pas si un jour il les apercevait ?

Il est vrai que leur silhouette, semblait d’une singularité inattendu vu de cette manière, comparé à l’idée qu’il s’en était faite par rapport à la vision de son propre corps sans miroir en tout cas.

A cause de la lumière, il distinguait mal le visage, évidemment le point morphologique qui l’intriguait le plus. Il se demandait si ce dernier ressemblait à celui d’un Fol ou s’il était tout aussi surprenant que le reste du corps, ce qu’il supposait, les ayant bien évidemment déjà comparé au toucher.

Cela faisait presque une minute qu’il l’observait, sans que celui ci ni n’avance plus loin ni ne bouge. Que pouvait il bien faire ? Comme si ce constat avait été évoqué à voix haute, l’humain éleva son bras pour se gratter la tête. Le cœur de Lupp s’en trouva brutalement accéléré. C’était un malaise mêlé à de la crainte, rationnellement inexplicable et incompréhensible pour une psyché structurée sur des bases autre que la sienne. Cet homo sapiens était en effet capable de mouvements autonomes et non commandés par Lupp au préalable, cela avait beau être logique, mais cela ne l’en dérangeait pas moins presque viscéralement. Au plus profond de lui, cette idée de ne pas avoir la maîtrise des faits et gestes d’une entité extérieure avait quelque chose de quasi intolérable.

Comme pour s’assurer d’avoir encore le contrôle au sein du microcosme intérieur de sa maison, il claqua sa langue contre son palais en touchant l’un de ses Fols posté à ses côtés. Celui ci alluma son unique œil jaune luminescent, répandant un halo familier et rassurant dans la pièce. Ce fut cependant un bref réconfort, puisqu’en réaction l’individu se mit à sursauter de surprise, provoquant un nouvel halètement de panique chez Lupp qui s’hâta d’éteindre son Fol et se recroquevilla de plus belle dans les ténèbres.

Chapitre 1-2 : Seule

C’est avec surprise que Lysis sentit l’imposante porte de bois massif s’ouvrir aussi facilement, malgré l’effroyable crissement des gonds, visiblement pétrifiés dans leur carcan de rouille avant son intervention. Elle n’avait pourtant pas forcé tellement fort. Une simple pression du plat de la main, plus par curiosité que par espoir de rentrer dans cette baraque un peu bizarre.

C’est vrai qu’elle avait quelque chose de sacrément étrange. On aurait dit grossièrement une sorte de manoir, visiblement assez ancien et imposant pour faire partie du patrimoine architectural européen. Tout aurait put sembler finalement banal à deux détails près : le lieu n’était indiqué par aucun panneau et était construit au beau milieu d’une clairière, en pleine forêt, sans aucun moyen d’accès pour un véhicule de touriste lambda. Autre constat assez troublant, l’absence totale de fenêtres, ce qui permettait de remettre sérieusement en doute le fait que cela ne soit qu’un bâtiment d’époque tout à fait conventionnel. Ca aurait du lui donner un air d’établissement carcéral, mais quelque chose, dans son architecture, son aspect ou son aura excluait immédiatement toute naissance de cette possibilité dans l’esprit, il y avait quelque chose de trop royal d’imprégné dans ces murs. Déroutant. A l’orée d’une clairière isolée, l’apparition d’une telle citadelle, si majestueusement hermétique et ainsi confinée à l’abri des regards, avait même quelque chose de presque surnaturel. Un magnétisme particulier émanait d’elle, c’était comme si elle n’était pas de ce monde, hors du temps et hors de l’espace que Lysis avait pour habitude de côtoyer. Bien qu’arrivée ici par hasard, c’était sans la moindre hésitation et les yeux fixés de fascination sur son étrange découverte que Lysis s’était avancée, jusqu’à atteindre après une volée de marches cette impressionnante porte d’entrée.

Lorsqu’elle jeta un premier coup d’œil à l’intérieur, l’obscurité et la fraîcheur stupéfiante eurent tôt fait de tempérer son intérêt pour la bâtisse. Elle était visiblement abandonnée, et Lysis n’était pas d’humeur à jouer les exploratrices, pas aujourd’hui en tout cas. Elle redescendit les marches menant au pallier et s’éloigna, le froid commençant presque à endolorir ses jambes découvertes sous la jupe de son ensemble de lycéenne.
Il ne lui fallut pas marcher bien longtemps pour se rendre compte qu’elle avait un peu mal à la tête et ressentait de légers vertiges, probablement le fruit des émotions qui lui avaient étés imposées aujourd’hui. Elle s’allongea dans l’herbe parfumée, à l’ombre d’un gros chêne, et commença à se masser délicatement les yeux. Comment est ce qu’elle avait bien pu arriver ici, et saurait elle au moins rentrer chez elle ce soir ? Si seulement elle pouvait perdre cette sale manie de partir au quart de tour dès qu’elle se sentait dépassée par quelque chose, songea-t-elle, alors qu’une sensation de bien être commençait à naître au niveau de ses tempes, si douloureuses il y a un instant. Il avait fait fort cette fois ci, il faut dire. Il, c’était son petit ami. Marc. Le genre de petit ami, qui pour une fille de 17 ans comme Lysis, était forcement sensé être le premier et le seul homme de sa vie. Et bien on ne pouvait pas franchement dire que c’était gagné, surtout depuis ce midi. Leurs disputes n’avaient cessées de s’amplifier ces derniers temps, elle lui reprochait ses fréquentations peu recommandables, il lui reprochait d’instaurer une dictature sur sa vie. Situation dramatiquement commune et presque trop stéréotypée pour être vrai, par moment, Lysis avait vraiment l’impression que sa vie était écrite à l’avance par un scénariste débutant de soap miteux, tout juste bon à titiller l’émotivité d’une fillette en fleur. En tout cas, en ce lundi d’Avril, le scénariste avait visiblement décidé de la faire craquer pour de bon. Il suffisait de se remémorer la série de petites injustices qui s’étaient accumulées dans sa matinée : réveil cassé, brimades par ses professeurs pour cause de retard, 0 à son dernier devoir de math -pour cause d’absence alors qu’elle l’avait bel et bien fait et rendu-, gourmette de ses 15 ans égarée… et pour clore le tout, Marc bien sûr. Alors qu’elle cherchait sa gourmette dans l’une des poches de la veste qu’il avait laissé sur la chaise du self pour aller aux toilettes, elle avait trouvé ce qui ressemblait fort à de la drogue. Avec des seringues en plus. Trop c’était trop, et un échange stérile de reproches plus tard, elle essayait de s’éloigner le plus loin possible de lui et des autres en pleurnichant. C’est vrai qu’elle avait souvent tendance à s’emporter, mais cette fois c’était sans commune mesure avec les occasions précédentes. Elle s’était carrément arrangée pour quitter sa petite ville avec les transports en communs, et s’était enfoncée à pied dans une des dernières forêts de France réellement sauvage, libre d’accès et gratuite. Eh oui, c’était ça le monde en 2111, comme le répétait sempiternellement le parti écologiste français, qui comme d’habitude avait perdu les dernières élections. Au moins, il restait quand même à Lysis cette chance de vivre dans une agglomération relativement jeune et pas trop éloigné d’un endroit comme celui-ci.

Elle rouvrit les yeux et se redressa pour consulter son Com³ (Communication Computer Complex), afin de voir un peu ou elle se trouvait exactement. Elle n’avait qu’un système gps ancestral, mais suffisant pour s’apercevoir qu’elle s’était enfoncée à plus de 6km dans la forêt. Mais bon sang quelle mouche l’avait piquée ? Elle ne s’était absolument pas rendu compte de la distance parcourue et du temps écoulé, comme si sa crise l’avait mis dans un état second relevant limite de la psychiatrie. Ouais ça devait être ça, elle était devenue complètement folle. Elle envoya son Com³ cogner violemment le tronc du chêne et se rallongea, la tête enfouie entre ses bras. Cela ne dura cependant qu’un instant, elle n’avait même plus la force de sangloter, elle se redressa une poignée de secondes plus tard, et récupéra son Com³ , intact bien évidemment, même les modèles les plus anciens résistaient à l’immersion et aux chocs les plus violents.

Elle s’apprêtait à définitivement sortir de la clairière, quand un bref flash la fit se rappeler de l’étrange bâtisse. Un flash qui lui disait, que de la laisser comme ça derrière elle, sans même la regarder ne serait-ce qu’une dernière fois, avait presque quelque de quasi-insultant. Elle reposa les yeux sur celle ci, et immédiatement la fascination farouche pour sa présence réopéra. Elle était là, face à elle et trônant fièrement au milieu de sa clairière, la porte grande ouverte en signe de défi. Lysis détestait qu’on puisse la qualifier de trop curieuse, c’est vrai qu’elle n’aimait pas beaucoup qu’on lui cache des choses, mais pas plus que tout les autres gens normaux, se plaisait elle à répéter pour s’auto convaincre de sa convenance. Toujours est il qu’elle ne savait si c’était la fatigue ou un début de folie, mais cette maison ne l’intriguait plus, cette maison la narguait. Drapée dans son mystère, enorgueillie dans sa singularité, elle semblait revendiquer sa virginité, exposant fièrement l’entrée inviolée de ses secrets. Lysis ne pouvait résister à ce genre de provocation, et lentement mais sûrement, le pas ferme et l’allure décidée, elle se mit à escalader les marches menant au pas de la porte. Elle n’avait pas vraiment fait attention aux escaliers la première fois, d’un gris discret mais étrangement lisses, leur contact, même au travers d’une semelle de chaussure, ne faisait pas penser à la pierre. Elle observait ces curieuses marches tout en continuant à avancer, quand une sorte de geignement arriva à ses oreilles. Elle s’arrêta net, ne sachant s’il n’était pas plus sage de céder la place à la méfiance.

Chapitre 1-1 : Seul

Habitué au silence de la grange, à peine troublé par les bourdonnements rassurants de ses Fols, Lupp fut surpris d'entendre le bruit étouffé de la grande porte d'entrée de sa citadelle.

La journée avait pourtant commencée normalement. Réveillé par un rayon de soleil filtrant à travers la poussière qui tapissait la lucarne du fond, il avait comme de coutume presque solennellement exécuté le claquement de langue destiné à ranimer ses Fols. Lupp appréciait particulièrement ce moment. Telle une harmonieuse cohorte de petits soldats répondant au garde à vous de son capitaine, ils allumaient tous de concert leurs jolis yeux jaunes luminescents, aussi amusants qu’utiles dans l’obscurité qui régnait en ces lieux. De la forme d'une petite boule de bowling, ils lui tendaient ensuite ses habits à l’aide de leurs courts appendices rétractiles. C’était seulement une fois que Lupp s’était levé qu’ils s’affairaient à refaire le lit, virevoltant avec fluidité pour changer les draps et lisser l’épaisse couette en plume d’oie.

Tout comme son réveil, la majorité du reste de sa journée était réglée et rythmée comme du papier à musique. Après s'être consciencieusement lavé l'ensemble du corps et peigné ses longs cheveux d'ébène, il se dirigeait vers la salle à manger. Les Fols qu’il avait désigné y terminaient de dresser son petit déjeuner diététique. D’autres devait déjà s'hâter d'aller ranger et désinfecter la salle de bain à peine utilisée. On ne pouvait faire plus prévenants et dévoués que les Fols.

Comme ils le lui avaient enseigné, il mastiquait avec soin ses aliments, toujours les même, une pomme croquante, un jus d'orange frais et du lait chaud parfumé au miel. Si les Fols disaient que c’était bon pour lui, c’est que ça devait être vrai.

Le reste de sa matinée était consacré aux études, cloîtré dans cette grande salle, bastion du savoir et de la connaissance où il avait appris à parler, compter et écrire. Il y étudiait intensivement aujourd'hui des matières comme les mathématiques, la littérature, la physique-chimie ou encore la biologie. Les Fols étaient de remarquables enseignants.

Aux alentours de midi, généralement lassé d'entendre les voix monocordes de ses maîtres et serviteurs, il les priait de dresser la table pour le déjeuner. Son repas traditionnel avalé, il se reposait sur un amas de vieux coussins douillets avant d'aller faire de l'exercice physique, assouplissements et arts martiaux divers étant généralement au programme. Malgré leur morphologie, les Fols étaient expert en la matière.

Une dernière et longue séance d'étude s'ensuivait alors, et la fin de l'après midi pointant, il s'accordait enfin le droit d'aller flâner dans le vaste grenier qui lui servait également de chambre.
Ah ce grenier… de loin l’activité qu’il affectionnait le plus dans ses longues journées monotones, il ne s'était en effet jamais lassé d'y fouiner librement. Malgré sa taille imposante -il occupait tout de même toute la surface du dernier étage- , il le connaissait par cœur dans ses moindres recoins, chose normale après ces 14 années passées à l'explorer. Pourtant il trouvait toujours quelque chose à y faire. Observer les araignées patientant tranquillement dans un recoin de leur toile, dégoter un vieil objet étrange et l'essayer, surprendre un rat en train de grignoter un bout de fromage, jouer à des jeux stupides, enfantins, de société ou de réflexion avec ses Fols… autant d’activités différentes qu'il variait gaiement au grés de ses envies ou de son humeur.

Véritable soupape de sécurité à l'ennui mortel que pourrait provoquer ses journées se ressemblant toutes, le grenier était pour lui un lieu magique, un lieu où il pouvait même s'adonner à la peinture, la sculpture et l'écriture, laissant déborder sa créativité. Ces élans artistiques, c’était l’extérieur qui les lui inspirait. Il n’avait jamais quitté sa citadelle, mais une fissure dans le mur ouest de sa chère grange lui permettait de subrepticement glisser un œil vers le dehors.

La contemplation de cette étroite ouverture, si fascinante à ses yeux, était le seul rituel inhérent à ses instants de liberté passés dans sa chambre.
Il aimait tant regarder les arbres, et constater avec admiration la couleur et l'apparence de leur majestueuse arborescence qui évoluait au fil des saisons. On pouvait même parfois y apercevoir des oiseaux, qui au printemps, revêtus de leurs plumages chatoyants aux couleurs variées, venaient y nourrir leur progéniture tout en glissant sur le vent frais. Ce même vent qui d’ailleurs, venait s’engouffrer dans sa grange pour s'écraser sur son visage, parfois presque avec agressivité, même si la plupart du temps il s’agissait d’une tendre caresse offerte à sa peau. Et que dire du spectacle de la végétation environnante, s’ondulant sous son impulsion dans un sabbat chaotique et ensorcelant…?
Belle et étrange à la fois était la nature, changeante, elle se métamorphosait et s'adaptait pour finalement s'accaparer une nouvelle parure, comme pour se consoler de son immobilisme, comme pour paraître neuve et méconnaissable face au temps qui coule.
Tout le contraire de sa vie.

C'était ainsi absorbé dans son recueillement, que le son de la porte d'entrée qui s’ouvre se fit entendre au rez de chaussé de sa vaste demeure.

Cela pouvait paraître stupide, mais c'était la première fois.Toutes les portes de son environnement s'ouvraient en effet normalement avec un léger bruissement électrique, hormis bien sûr, la vieille trappe en bois menant à son grenier.
Ce grincement plaintif, qui semblait hurler la joie et la souffrance d'un homme devenu libre, mais qui n'ayant jamais vu le ciel voit ses yeux s'embraser à la lumière du soleil, Lupp ne le connaissait pas.

Terriblement excitant et effrayant à la fois. Pour la première fois depuis des années, son coeur battait si fort qu'il faisait vibrer comme des cordes à linge ses artères en ébullition. Malgré la relative indifférence des Fols face à l’apparition de ce nouveau son, Lupp le sentait au plus profond de lui même : aujourd'hui ne serait certainement pas un jour qui comme les autres, se poursuivrait dans la tranquillité et l’ennui d’un souper bien chaud.

Post d'inauguration

Bon, faut que je trouve un truc pour attaquer. On va faire simple.
En gros, ce blog a pour seule vocation d'assouvir mes lubies littéraires et pouvoir déverser mes textes, qui sans intérêt pour mon entourage, trouveront peut être au moins un lectorat ici. Le récit présenté en premier lieu, bien que long, constitue en fait une sorte de "spin of" sur le vrai récit central que j'ai en tête, j'ai décidé de me centrer sur un personnage annexe, histoire de me faire la main (et dieu sait si j'en ai besoin) en même temps d'enrichir l'univers de base. Voilà, ça sert à rien de dire tout ça, mais je voulais le préciser quand même. Sur ce bonne lecture, hésitez pas à me savater à chaque fautes d'orthographes et phrases incompréhensibles.