10/19/2006

Chapitre 1-3 : Peur

L’état émotionnel de Lupp oscillait entre la terreur pure et la fascination. Prostré dans un recoin du hall obscur, il observait minutieusement le dehors entre ses doigts qui recouvraient ses yeux éblouis.

Alors c’était donc ça un autre homo sapiens, c’était à ça qu’il ressemblait. Comment on le voyait, de quoi il avait l’air, c’était le genre de question qu’il avait du poser une centaine de fois à ses Fols, sans cependant jamais entendre de vrai réponse. Le voir enfin directement, en même temps que toute cette lumière agressive et ses couleurs ainsi étalées sur une surface aussi importante, c’était quelque chose dépassant le simple cadre du troublant. C’était presque terrifiant.

A peine son semblable était il apparu dans l’encadrement de la porte, qu’il n’avait put s’empêcher d’exprimer sa surprise, et surtout sa peur qu’il n’avance encore. A ce moment là, il n’avait même pas fait la rapprochement entre eux deux comme étant membre de la même espèce, et avait cru à une sorte de monstre, ou un dangereux prédateur peut être. Ce n’est que la surprise passée qu’il avait repris empire sur lui même, et ainsi pu constater les homologies flagrantes qui coexistaient entre eux, dont l’évidente bipédie qu’il savait inhérente au genre humain. Ces êtres, sa propre race et provenance, il les avait étudié pendant des années sans jamais les voir. Ses connaissances étendues de leur littérature, leur philosophie, leurs sciences et leurs techniques, étaient probablement supérieure à n’importe quel individu de son âge. Qui aurait cru qu’il ne les reconnaîtrait pas si un jour il les apercevait ?

Il est vrai que leur silhouette, semblait d’une singularité inattendu vu de cette manière, comparé à l’idée qu’il s’en était faite par rapport à la vision de son propre corps sans miroir en tout cas.

A cause de la lumière, il distinguait mal le visage, évidemment le point morphologique qui l’intriguait le plus. Il se demandait si ce dernier ressemblait à celui d’un Fol ou s’il était tout aussi surprenant que le reste du corps, ce qu’il supposait, les ayant bien évidemment déjà comparé au toucher.

Cela faisait presque une minute qu’il l’observait, sans que celui ci ni n’avance plus loin ni ne bouge. Que pouvait il bien faire ? Comme si ce constat avait été évoqué à voix haute, l’humain éleva son bras pour se gratter la tête. Le cœur de Lupp s’en trouva brutalement accéléré. C’était un malaise mêlé à de la crainte, rationnellement inexplicable et incompréhensible pour une psyché structurée sur des bases autre que la sienne. Cet homo sapiens était en effet capable de mouvements autonomes et non commandés par Lupp au préalable, cela avait beau être logique, mais cela ne l’en dérangeait pas moins presque viscéralement. Au plus profond de lui, cette idée de ne pas avoir la maîtrise des faits et gestes d’une entité extérieure avait quelque chose de quasi intolérable.

Comme pour s’assurer d’avoir encore le contrôle au sein du microcosme intérieur de sa maison, il claqua sa langue contre son palais en touchant l’un de ses Fols posté à ses côtés. Celui ci alluma son unique œil jaune luminescent, répandant un halo familier et rassurant dans la pièce. Ce fut cependant un bref réconfort, puisqu’en réaction l’individu se mit à sursauter de surprise, provoquant un nouvel halètement de panique chez Lupp qui s’hâta d’éteindre son Fol et se recroquevilla de plus belle dans les ténèbres.