10/22/2006

Chapitre 1-5 : Rencontre

Elle balaya rapidement l’obscurité de son faisceau lumineux. Elle ne mit que quelques secondes pour trouver le supposé dangereux criminel, replié sur lui même, tremblotant dans un coin. Il semblait terrifié, malgré son visage dissimulé derrières ses bras. Lysis se senti immédiatement stupide, et tenta maladroitement de bredouiller:
-Euh…désolé monsieur je…
Préférant ne rien rajouter pour ne pas avoir l’air plus ridicule encore, un long silence s’ensuivit. La position fœtale qu’adoptait l’individu ne permettait que d’apercevoir ses longs cheveux noirs et ses étranges habits gris. Il ne bougeait absolument plus d’un pouce. La gêne de Lysis se transforma en inquiétude. Il avait fait un arrêt cardiaque ou quoi ? Elle avança prudemment, et tenta d’articuler le plus calmement possible :
-Vous allez bien…?
Pas de réaction. Mince, il semblait bel et bien mort.
-Hey, est ce que ça va ? , insista-t–elle désespérément.
Toujours rien. Prise de panique, elle commença à accourir vers le corps inanimée. Son premier réflexe fut d’essayer de prendre son pouls, mais ses doigts touchèrent à peine la carotide du supposé cadavre. Brutalement et avec une rapidité surprenante pour un homme semblant si léthargique il y a un instant, il s’était dressé en position accroupi. Ses yeux, exorbités, semblaient en proie à la panique pure. Le regard fixé sur Lysis, il essayait tant bien que mal de ramper à reculons en s’aidant de ses mains. Il baragouinait faiblement quelque chose, les sons semblant presque ne pas vouloir sortir de sa bouche alors qu’il claquait sporadiquement sa langue contre son palais :
-Non…reculez…faites ce que je vous dis…
Pourtant encore sous le choc, c’est dans un état second et sans vraiment le décider consciemment que Lysis s’avança encore :
-Je ne vous veux aucun mal, je veux juste…
Elle fut interrompu par un long et effroyable cri. L’homme hurlait à la mort, comme perforé de part en part par un mal invisible. Violemment, il repoussa l’un des bras de Lysis et envoya valdinguer par la même occasion le Com³. Une douleur lancinante envahit la main de la jeune fille, et une sorte de claquement de langue sonore envahit la pièce alors qu’elle tentait de se la masser, le visage crispé par la souffrance.
Immédiatement, des dizaines de petites lueurs éclairèrent la salle, plus proches en intensité de bougies que de lumières électriques. Elles venaient de partout autour, des 4 points cardinaux mais aussi d’en haut. A la vu de ces étranges boules flottantes à l’œil lumineux unique, Lysis oublia presque complètement sa blessure. Leur consistance, semblait de la même matière que les marches de l’escalier, un étrange gris lisse presque imperceptiblement chromé.
L’homme, ou plutôt le jeune homme, semblait rassuré par ses étranges sources luminescentes. S’il semblait encore suffoquer au début, sa respiration se faisait peu à peu plus lente et modérée. Son visage, fin et bien découpé, se décrispait à vu d’œil. Lysis restait quand à elle bouche bée devant le spectacle qui s’offrait à elle, comme si elle n’arrivait même plus à avoir peur devant tant d’invraisemblances. La salle dans laquelle elle se trouvait, était carrelée d’un damier noir et blanc. Les murs, similaires aux escaliers extérieurs, semblaient se confondre avec les sources de lumières, de sorte qu’on ne savait plus vraiment s’il n’avaient pas eux aussi des yeux.
Elle sursauta.
Le jeune homme qui avait à présent presque retrouvé tout son calme, venait en effet de prononcer timidement ces quelques mots :
-Qui…qui es tu ?
-Euh…je m’appelle Lysis…et toi ? Demanda-t-elle par automatisme, si bouleversée par tout ce qui arrivait qu’elle ne savait même plus comment réagir.
-Lupp, dit-il simplement d’une voix atone.
-Eh bien, enchantée Lupp, fit elle, toujours par réflexe.
Un long silence s’ensuivit. Comment est ce qu’elle était sensée réagir? Ca semblait évident, il n’avait pas l’air vraiment méchant, juste probablement un peu dingue. Si elle s’enfuyait brusquement, il risquerait de prendre peur et de se montrer dangereux, d’autant plus qu’elle n’était pas certaine de l’inoffensivité des espèces de lucioles géantes qui l’environnaient de part en part. Non, pour s’éclipser avec douceur, il valait mieux qu’elle gagne sa confiance et se montre gentille.
Elle respira un grand coup, et commença à s’avancer avec calme, tout en amorçant un geste prudent pour lui serrer la main. Pourtant à plusieurs mètres de distance, Lupp eut un mouvement de recul, comme effrayé par l’idée du contact ou par le mouvement de la jeune fille. Lysis rétracta immédiatement son geste, et, incroyablement gênée, ne trouva rien de mieux qu’un sourire stupide. Le genre que l’on sort habituellement quand on a pas compris quelque chose, mais qu’on cherche à faire mine du contraire pour ne pas avoir l’air trop crétin.
-Bon eh bien…euh…c’est à dire que je dois y aller, dit elle, complètement à cours d’idée.
Nouveau sourire niais. Elle osait à peine imaginer à quel point elle devait avoir l’air cloche. Le garçon la dévisageait avec les yeux ronds de la fascination, bien qu’un trouble semblait également se lire dans son visage. Bon sang que c’était embarrassant. Elle trouva cependant le courage d’articuler une dernière phrase, avec un semblant de sympathie dans la voix :
-Aurevoir Lupp!
-Aurevoir, répondit il simplement, tout en continuant à la dévorer du regard comme si elle constituait une attraction particulièrement insolite.
Lysis fit demi-tour, et après s’y être reprise à deux fois, parvint à ramasser son Com³. Elle se faufila entre deux de ces lucioles flottantes, et commença à descendre les marches menant à la clairière, sentant encore le poids du regard de l’étrange jeune homme sur son dos.