10/24/2006

Chapitre 2-1 : Seul, à nouveau.

Une dizaine de minute ou peut être plus. C’était le temps approximatif que Lupp avait passé là, immobile et seul dans le hall de sa citadelle. Les lumières blafardes de ses Fols rougissaient lentement. Il ne faudrait probablement plus beaucoup de temps pour qu’elles virent au mauve et au bleu nuit, signal qu’il était temps d’aller se coucher. Dire que Lupp se foutait complètement de ce détail n’était pas exagéré.

Ses idées étaient encore si confuses, si embrouillées par tant de nouveautés en l’espace d’une heure à peine…seule la porte encore grande ouverte lui prouvait avec certitude qu’il n’avait pas fantasmé cette rencontre.

De ses mains, encore tremblantes d’émotion et de peur, il palpa son visage. Il revoyait encore avec précision la masse d’éléments complexes rassemblés dans le visage de son interlocuteur. Avait il le même ? Probablement, se dit il en faisant le rapport entre ce qu’il touchait et ce qu’il avait vu. Il les connaissait biens, tout ces éléments disposés sur la partie céphalique des vertébrés, en partis responsables des 5 sens. Mais curieusement, ses Fols ne les lui avaient jamais montrés sur un schéma ou une photo. Peut être avaient ils leurs raisons, ils ont toujours leurs raisons.
Toujours est il qu’il avait été subjugué par cet assemblage, mouvant et se déformant si rapidement au rythme des mots prononcés. Surtout la bouche. Les Fols, eux, n’en avaient pas, et n’avaient aucunement besoin de bouger quoique ce soit pour produire des mots. La personne face à lui il y a quelques instants la bougeait au contraire sans arrêt, parfois même sans accompagner le mouvement par la production d’un mot. C’est ce qu’elle avait fait, quand après avoir essayé de s’approcher, elle avait ostensiblement dévoilée sa dentition en ouvrant sa bouche en forme de croissant. Chez beaucoup de mammifères, montrer ses dents indiquait une tentative d’intimidation, mais Lupp n’avait pas ressenti cela dans les intentions de son vis à vis. C’était probablement autre chose, précisément le contraire, lui disait même une sorte d’instinct. Il s’empressa de poser la question à l’un de ses Fols.
-C’est un sourire, répondit le Fol de sa voix monocorde, très différente de celle de l’humain qui était pleine de variations et de subtilités, nota immédiatement Lupp.
-Qu’est ce qu’un sourire ? , demanda le jeune homme habitué à cette manière qu’ont les Fols de donner des réponses courtes et dénuées d’explications.
-Une expression faciale traduisant l’état émotionnel qu’un humain veut faire paraître à son entourage.

Lupp, surpris par une réponse aussi longue, s’en contenta, même s’il n’était pas sûr d’avoir tout à fait compris ce que cela signifiait concrètement. Mais c’était des dizaines d’autres questions qui s’entremêlaient dans sa tête. C’était d’ailleurs ce torrent d’informations et d’évènements inhabituels qui lui provoquaient cet espèce d’horrible douleur qui lui vrillait le crâne depuis peu. Il toucha un Fol et claqua sa langue, l’œil lumineux rougeâtre intensifia immédiatement son rayonnement, signe que le Fol avait compris que c’était à lui qu’on s’adressait.

-Aspirine, dit simplement Lupp.

Le Fol s’éclipsa sur le champ, et réapparu quelques instants plus tard en bourdonnant doucement. Perdu dans ses pensées, le jeune homme ne s’en aperçu même pas, ce qui obligea le Fol à voltiger autour de lui pour signaler son retour.
Machinalement,Lupp tendit la main. L’un des appendices du Fol fit alors son apparition, à partir d’un interstice s’ouvrant sur l’intérieur de son corps circulaire. L’espèce de tentacule rétractile s’allongea ensuite jusqu’à Lupp, et lui tendit ce qu’il venait de demander.
Ce dernier attrapa et avala rapidement l’aspirine, et se dirigea sans plus attendre vers son grenier.

Il avait besoin de se reposer et de réfléchir encore à tout ce qui venait de lui arriver. Alors qu’il allait quitter le hall, il se retourna encore une fois pour revoir l’extérieur. Ces vives couleurs, si variées et en quantité aussi importantes, intensifièrent immédiatement ses maux de tête, rendant pour le coup caduc le bref effet qu’avait put avoir l’aspirine.