10/24/2006

Chapitre 2-2 : Seule, enfin.

Immédiatement, Lysis ressentit avec délice la chaleur du soleil, baignant l’extérieur de sa lumière rougeoyante. Sûrement à cause du stress combiné à ses délires intérieurs, elle n’avait pas tellement fait attention au froid sépulcral qui régnait au sein de la maison sans fenêtres. Ses muscles ravivés, elle dévala en trombe l’escalier gris anthracite, pressée de retrouver le contact de l’herbe printanière. Elle attendit d’être au moins à l’autre bout de la clairière pour s’autoriser à plonger son visage dans les caresses du gazon sauvage.
L’herbe lui paraissait à présent non plus fraîche, mais délicieusement chauffée. Elle laissa ainsi son corps lentement sortir de son léger engourdissement, profitant de ce plaisir si simple qu’était celui que l’on ressent quand on vient de réaliser quelque chose de dangereux sans trop d’égratignures. Enfin, ça c’était vite dit, la douleur de sa main se réveillant en effet au fur et à mesure que l’adrénaline retombait. Ca avait pas l’air trop grave ceci dit, mais assez pour lui faire se rendre compte qu’elle avait complètement pété un câble aujourd’hui. Fallait être réaliste aussi, se retrouver vers 19h dans un bois, la main amochée par une sorte de type vraisemblablement plus attaqué qu’elle vivant dans une citadelle remplie de lucioles bioniques ou un truc dans le style, fallait l'avoir cherché. Et tout ça parti d’une dispute de couple…super…

Tiens, d’ailleurs en parlant de ça, il allait falloir qu’elle l’appelle, l’autre. Elle sélectionna rapidement le profil de Marc sur son Com³. Ce qu’il y avait de pratique avec les Com³ miniaturisés dans l’oreille, c’est qu’elle était sûre qu’il l’entendrait l’appeler. Trop « cyborg » pour elle et d’autres, mais pratique. Elle repensait à la dispute qu’avait entraîné l’annonce de Marc pour l’opération de ce nouveau Com³, quand il décrocha :
-Ouais, qu’est ce tu veux ?
Sa voix charriait des glaçons. C’était mal parti.
-Ecoute Marc, je suis désolé pour ma crise de ce matin, mais là faut vraiment que tu viennes me chercher, je suis au beau milieu de la forêt et…
-Et moi je suis très occupé, rappelle plus tard, répondit il sèchement.
-Je plaisante pas, un fou a faillit m’arracher le bras gauche Marc ! exagéra-t-elle à peine.
-T’es sérieuse là ?
-J’ai l’air de plaisanter ? Il m’est arrivé un truc de dingue, j’ai trouvé une maison, perdue au milieu de la forêt. Y avait une sorte de malade là-dedans, et il vivait avec des sortes de…
-Mais qu’est ce que tu racontes là ?! la coupa-t-il brutalement. Bordel j’suis occupé je te dis, c’est pas le moment.
Lysis qui avait prévu sa réaction, n’écoutait même pas ce qu’il disait. Elle cherchait juste la manière la plus judicieuse pour mettre des mots sur ce qu’elle avait vu.
-Des sortes de boules flottantes qui brillent comme des lucioles, continua-t-elle, finalement pas très fière de sa formulation.
-Tu joues à quoi là ? Me prendre pour un con pour te venger, tout ça parce que ma vie ne ressemble pas à celle décrite dans le manuel du parfait petit-ami de Lysis ?
Bingo, il la prenait pour une folle.
-Bon écoute, passe juste me chercher, regarde où j’suis sur ton super Com³ nouvelle génération si tu me crois pas, rétorqua-t-elle, acide.
Il reprit la parole une dizaine de secondes plus tard, le temps présumé pour enfiler ses visionneurs tactiles :
-Euh ouais en effet, j’sais pas comment tu t’es fourrée là dedans, mais va falloir que tu m’expliques la vraie version tout à l’heure. Je peux pas passer tout de suite là, attend moi une petite heure, c’est important.
-Encore avec un de tes « amis » du Japon je présume ?, demanda Lysis avec un sarcasme à peine voilé.
-Et aller ça recommence…J’ai vraiment pas de temps à perdre, à plus.

Il avait raccroché. Bien qu’évidemment excédée, Lysis n’eut cependant même pas la force de tester une nouvelle fois les fantastiques qualités de résistances de son Com³.
Marc avait bien changé depuis son voyage au pays du soleil levant…